Sémaphores #19



Vendredi 20 avril 2012


"Dans le flux audiovisuel versé quotidiennement sur des écrans partout présents, Sémaphores invite à chercher des signes de résistance : des regards comme autant d’actes volontaires avec ce qu’il nous reste de cinéma.

Une fois par mois à Tourcoing, au Fresnoy ou à l’Hospice d’Havré, un rendez-vous avec des films personnels et libres est proposé gratuitement. Ces films, anciens ou contemporains ont tous en commun la recherche d’une forme qui leur est propre. Souvent à une frontière entre documentaire et fiction, parfois imparfaits, ces petits films résistent aux grands courants.
 
Sémaphores 19

Le milieu du monde

de Alain Tanner, 1974, suisse, 115 min, avec Philippe Leotard, Anna Karina
remerciements à Yves Peyrot et Marcel Müller

Dans une petite ville du Jura Suisse, un jeune ingénieur, marié et père de famille accepte d’être candidat à la députation, bien que n’appartenant à aucun mouvement politique. Au cours d’une réunion électorale dans un bar, Paul remarque la serveuse et se promet de la revoir. Ils se rencontrent loin de la ville.
 
Le milieu du monde
 
«Le Milieu du monde» est un film sur le couple et l’état des sentiments au début des années 1970 ; c’est aussi l’oeuvre la plus théorique de son auteur, celle qui expose le plus explicitement ses partis pris de cinéma. Alors que le film précédent intégrait ensemble le fond ../... «Le Milieu du Monde» dissocie fortement le récit d’une histoire d’amour difficile et une forme stricte, parfois rigide, qui casse constamment le naturalisme apparent de l’intrigue et les effets de réel. L’ouverture annonce en voix off : « Ce film a été tourné en 1974 en un temps de normalisation », puis « Ce film raconte l’histoire d’une serveuse de café italienne et d’un ingénieur du milieu du monde pendant une période de cent douze jours. » Les cartons indiquant les dates d’une chronologie à trous, les ponctuations musicales de Patrick Moraz, les plans de paysages dans le désordre des saisons et sans respecter le temps de l’intrigue signent un didactisme esthétique peu courant dans une oeuvre qui sait faire disparaître ses intentions exigeantes dans la forme du film. Mais ce brechtisme prononcé s’explique aussi par la dimension politique du film ; jamais Tanner n’a peut-être autant désigné l’ennemi que dans ce film-ci : politiciens de province véreux et phallocrates, peuple des bistrots à l’humour médiocre. À cette glu du social qui s’empare de tout, le cinéaste oppose un salut par le cinéma et son langage : mettre à distance le réel représenté et le spectateur, c’est permettre à celui-ci une conscience, ce que la critique de l'époque appelait : " le travail du spectateur ". Frédéric Bas

Lieu

CINEMA LE FRESNOY
22 rue du Fresnoy
M° Alsace
voie rapide sortie 10

Contact
Entrée gratuite, réservation souhaitée.
projection suivie d'un débat
renseignements 03 59 63 43 53

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