Voici le « reliquaire » dit de Napoléon : de forme rectangulaire (39,8 x 45x 36), composé d’un socle et d’un caisson plaqués d’une marqueterie d’ébène et surmontés d’une statuette de Napoléon en bronze, il se veut l’exacte réplique du cercueil « à l’antique » ayant transporté les « cendres » de Napoléon à Paris*1. A l’intérieur, 8 cases contenant des souvenirs, élevées au rang de « reliques », du rocher de Ste-Hélène, là où vécut l’empereur prisonnier des Anglais après la défaite de Waterloo du 15 octobre 1815 jusqu’à sa mort en juillet 1821. On y trouve ainsi un « morceau du rocher de Ste- Hélène », « un morceau de bois détaché de la fenêtre du salon de Longwood, résidence de l’empereur » etc… Autant de vestiges évoquant les derniers moments les plus intimes de l’homme politique, foudroyé à l’image du saule, dont l’occurrence revient quatre fois sur les huit cases précitées. La légende veut qu’au moment de l’exhumation, tout comme les martyrs ou personnalités chrétiennes sanctifiés au Moyen-Age, « lorsque fut ouverte la dernière enveloppe du cercueil, Napoléon apparut intact et livide dans son uniforme vert. Ses traits n’étaient pas altérés »*2.
Ces reliques ont été rassemblées par Julien Mathon, officier de Marine tourquennois, embarqué en 1840 avec le prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, sur la frégate la Belle-Poule, la 3ème du nom, chargé de ramener les cendres de l’Empereur à Paris, où sera construit le tombeau des Invalides. A son retour, il fait construire le reliquaire, dans lequel il place aussi son journal de bord qui raconte son périple de plusieurs mois à la manière d’un pèlerinage*3. « Pendant la traversée, un matelot a dessiné à la plume le portrait de son officier. On le voit, en bel uniforme à boutons dorés, assis sur les cordages et fumant une longue pipe de près d’un mètre que les arrière-neveux de Julien Mathon, M et Mme Duprez de la rue de la Cloche, gardent en même temps que le coffret […]*4. Ces derniers cèdent ces objets (reliquaire, pipes, insigne de la belle Poule ) et le dessin aquarellé à la ville en 1985 pour la somme de 20 000 francs. Ils intègrent les collections du Musée des Beaux Arts et en 1989 le reliquaire est transféré dans les collections du CHL. L’aquarelle est aujourd’hui de nouveau associée au reliquaire, dans les collections du CHL, avec l’accord de Mme Allemand, conservatrice du MUBA..
Ce reliquaire est intéressant à double titre : outre qu’il constitue une trace historique matérielle du transfert de Ste-Hélène à Paris*5, il est le témoin tangible du culte rendu à l’empereur dans les années 1840. Louis Philippe y voit une opération politique : après l’érection de la statue de Napoléon au sommet de la colonne Vendôme (28 juillet 1833), la construction de l’arc de triomphe de l’Etoile (1836), le retour des cendres en 1840 est pour la monarchie de juillet, monarchie « bourgeoise » en quête de symboles et en difficulté avec l’Algérie, le point d’orgue d’une opération politique savamment orchestrée qui présente Napoléon non pas comme un tyran et un monstre sanguinaire mais comme « l’étendard d’une France puissante et respectée, promesse de gloire par procuration […]*6 ». L’opération n’est pas sans risque car la geste de l’Empereur, ses conquêtes, son action politique et sa personnalité alimentent encore les querelles politiques. En l’absence du journal de bord, il est difficile d’expliquer les motivations de Julien Mathon. Il témoigne en tout cas par sa pratique de la même ferveur que cet humble tisserand de Lancashire qui visitant à Londres le musée de Waterloo, « se découvre gravement devant le célèbre petit chapeau et touche avec révérence l’épée du maréchal Ney »*7.
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*1 cendres signifient ici « restes mortels »
*2 in Amiral Wietzel et PJ Charliat, Aventures et combats des trois Belle Poule, ed Maritimes et coloniales, Paris,1954.
*3 ce journal de bord a été vendu avec le reliquaire en 1985, nous n’en avons pas retrouvé trace. Le logement le contenant semble vide, il nous faudra, avec un restaurateur, ouvrir prudemment le caisson, pour voir s’il ne se trouve pas à l’intérieur.
*4 in Jean Christophe, Gens et choses de Tourcoing, p 66, ed Georges Frère, Tourcoing,1975
*5 si tant est que ces vestiges soient authentiques, mais actuellement rien ne nous permet d’en douter…..
*6 in Natalie PETITEAU, Napoléon de la mythologie à l’Histoire, p 88, Seuil, 1999.
*7 in Natalie Petiteau, id, p 41